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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 12:37

Une enquête de Sophie Verney-Caillat, Rue89

L’industrie pétrolière a perdu la première manche avec l’interdiction des gaz de schiste, elle ouvre maintenant un nouveau front. Première cible : les journalistes.

La bataille de l’opinion sur les gaz de schiste est entrée dans une nouvelle phase : les partisans de cette nouvelle ressource redressent la tête et les pétroliers mettent les bouchées doubles pour convaincre les journalistes des bienfaits possibles de son extraction, en termes d’emplois, de croissance et d’indépendance.

A lire certains éditos comme dans Le Monde ou dans Challenges (une tribune signée par Claude Perdriel, par ailleurs actionnaire de Rue89), les risques environnementaux de l’extraction des gaz de schiste, contre lesquels l’opinion s’était mobilisée avec José Bové, jusqu’à obtenir leur interdiction apparaissent soudain négligeables.


La commission européenne s’en mêle

La Commission européenne, qui affiche jusque là une neutralité sur le sujet du gaz de schiste, vient de lancer un appel à projets pour financer des campagnes d’information des citoyens. Une initiative destinée à renouer le dialogue avec l’opinion, mais aussi à rendre plus acceptables de futures décisions.

A l’approche de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre, les industriels espèrent rouvrir le débat en France. Ils ont déjà trouvé une oreille attentive chez Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, qui a demandé en juillet que la question de l’exploitation des gaz de schiste soit « posée ».

Chez sa consœur en charge de l’Environnement, Delphine Batho, on a « conscience de l’offensive, mais ça ne prend pas ». D’ailleurs, les opposants aux gaz de schiste reçus par François Hollande pendant ses vacances au fort de Brégançon se sont dits satisfaits et ont trouvé le Président « à l’écoute ».


« La moustache de José Bové peut blanchir »

Rien n’indique que la position du gouvernement pourrait évoluer dans un avenir immédiat. Mais comme le remarque Marine Jobert, journaliste et co-auteur du livre « Le Vrai Scandale des gaz de schiste » (éditions Les liens qui libèrent), « les pétroliers ont le temps ».

Surpris par l’éveil de l’opinion, lorsque la délivrance des permis d’exploration a été révélée, puis la technique interdite, ils ont perdu la première manche. Maintenant, ils commencent à travailler « l’acceptabilité sociale de la méthode ». Marine Jobert explique :


Méthode

Pour extraire le gaz naturel contenu très profondément (à plus de 200 mètres) dans le sous-sol, les industriels utilisent des méthodes dites non-conventionnelles comme la fracturation hydraulique.

Il s’agit de forer en injectant un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques. Le méthane est alors libéré des roches de schiste fissurées. Les Etats-Unis utilisent cette technique depuis le début des années 2000, mais la France l’a interdite par la loi du 13 juillet 2011.

« Pleins de gens ne connaissent pas encore le sujet. Il s’agit d’estomper l’image barbare de la fracturation hydraulique véhiculée depuis le film “Gasland”.

Les pétroliers ont le temps. La moustache de José Bové peut blanchir que les industriels, eux, seront toujours là. Et puis, si les prix du gaz étaient multipliés par quatre ou qu’on entrait dans un gros conflit avec la Russie, des verrous pourraient sauter. »

Les écologistes, entrés au gouvernement, guettent tout éventuel revirement des socialistes sur le sujet. Jean-Vincent Placé, qui dirige le groupe EELV au Sénat, prévient :

« Si l’arbitrage actuel était remis en cause, ce ne serait pas un signal négatif mais un changement de pied anti-écolo. Je rappelle que la proposition de loi du 13 juillet 2011 a été signée par Jean-Marc Ayrault et Arnaud Montebourg, alors très mobilisés sur le sujet.

On ne peut pas avoir une politique quand on est dans l’opposition et une autre quand on est au gouvernement. Ou alors, ça va commencer à se voir. »

« Vous êtes la bienvenue pour un prochain voyage »

Avant de retourner l’opinion du gouvernement, les industriels essaient déjà de travailler celle des journalistes économiques. C’est dans cet esprit que Total a organisé les 17 et 18 juillet derniers un voyage de presse à Fort Worth, Texas, la ville aux 2 000 puits sur laquelle nous avions publié un reportage financé par J’aime l’info.

Trois rédacteurs couvrant le secteur de l’énergie, au Monde, au Point et à L’Usine nouvelle, sont allés aux frais de Total visiter les installations de son partenaire américain Chesapeake. Un photographe américain couvrait aussi le déplacement à la demande de Total afin de proposer gratuitement ses services aux journaux.

C’est le premier voyage de presse organisé par l’entreprise sur ce sujet (sur quatre à cinq par an, nous dit-on), et cette initiative n’aurait rien à voir avec une quelconque actualité, assure le service de presse du groupe pétrolier :

« Notre objectif est de faire découvrir des installations industrielles privées qui ne sont pas faciles d’accès. Notre responsabilité en tant qu’industriels est de montrer ce que l’on sait faire et de répondre aux demandes des journalistes. Vous êtes d’ailleurs la bienvenue pour un prochain voyage... »

Le tour au Texas était assez encadré puisque les journalistes ont eu l’occasion de discuter avec des responsables de Chesapeake, de Total, et de visiter une partie seulement des installations : les forages, mais pas les bassins de décantation, ni le ballet des camions (un millier de trajets par puits) qui posent problème.

Et qu’ont-ils réellement vu des forages ? Le bruit essentiellement, car la fracturation hydraulique se déroule à plus de 2 000 mètres sous terre.

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